Jusqu'ici, tout va mal dans l'Empire du Bien pour le plus grand profit des marionnettistes des peuples
Les chanteurs
meurent aussi.
Quelle surprise ! Des membres
du show-biz prennent la poudre d’escampette comme tout à chacun. Maladie,
accident… Mazette, ils sont donc mortels comme nous. Effarant !
Selon la notoriété et la good vibe personnelle du nombre de
disques vendus en raison des goûts consensuels des programmateurs, chacun
arrête de respirer (si, si, c’est
obligatoire comme le gamin dans Astérix) et sombre dans la nostalgie (déjà) imposée par les télés et les
radios.
Plus rien d’autre n’existe ! Deux
morts par jours dans le pays au travail, dans l’entreprise, sur un chantier... non, tais-toi, chut… arrête, on s’en moque, ils sont pas pipoles.
Des émissions spéciales s’instaurent
au moindre décès, des aventures communes ressortent et des auditeurs sont
invités à répandre leurs pleurs à des heures de grande écoute. « J’y étais » devient un leitmotiv
pour tel concert à telle date ancienne. Un bonheur par procuration et hop, tout
réside dans la construction artificielle d’une insatiable nostalgie conjuguée au
sentimentalisme qui permet d’inviter à la vente d’albums, de livres de photos,
de posters, de sonneries pour les smartphones, de mugs à l’effigie du grand-homme.
Oui, oui, que des garçons à micros trépassent en ce moment.
Après le chanteur français pour
midinettes devenues quinquas, le chanteur anglo-américain pour trouble-fêtes,
plus quelques autres en guise d’anniversaire… une hécatombe !, je ne
suis plus.
Les inventeurs de la média-nostalgie ne savent plus quoi programmer à leur aise. Il y en a trop. Aussitôt
diffusée, une émission spéciale remplace une autre prière en studio.
Cette première décade du siècle semble
injurieuse pour nous autres créatures du XXème : nous régressons. On voudrait
nous imposer de vivre dans une crèche mondialisée qu’on ne s’y prendrait pas
autrement. Une crèche assez morbide, en fait, puisque nos bambins contemporains
raffolent des néo-morts : c’est
tendance, mec, fais un papier, avec photos et tout. Tu as carte blanche pour un pleine page.
A preuve, les pleurnicheries à plus
savoir pour qui et à qui en donner. En matière de coercition douce par des
pensées conformes, on nous en imposerait presque là aussi le chagrin obligatoire
comme si la vedette était de notre propre famille. Fiction marchande, elle l’est. Placée
en astre (star) parce qu’être fans, c’est fun.
Let's
dance, Laurette et la Ziza s’éclatent en Loir-et-Cher avec coke…
paraît que ces chanteurs hument le parfum des dieux. Ah bon !? Allez, rallumez
vos bougies, priez dans la rue, réunissez-vous autour de l’artiste. The show must go on. Des villes dans le
vaste monde instaurent des journées de deuil, débaptisent à la hâte des avenues,
consacrent des monceaux de power flowers
à l’idole. Les communions païennes ressuscitent comme une tonte italienne en 44. Certes, elles
sont plus pacifiques. Pour combien de temps ?
Idolâtrie, religiosité de basse
extraction, tous les fondements de ce cirque tourne au ridicule. Mais ça marche !
Le besoin de liens, de soudures artificielles entre des gens qui se détestent
au boulot, dans le métro, au funiculaire est rendu nécessaire par les partisans du lien
social aux affaires. Improbables tensions taries bien provisoirement.
Personnellement, le seul mort récent
que j’appréciais bien, mais je n’en fais ni un plat (ni n’ai l’instinct de fan/atique), c'est Ian Kilmister de Motörhead (et Head Cat pour les connaisseurs).
Je n’irai cependant jamais mettre un genou sur le bitume pour lui en tenant la main d’un
inconnu. Encore moins laisser perler des gouttes de paraffine en
pleurant sur le néo demi-dieu. Comme dirait l’autre, chacun sa came et notre voisinage de morts-vivants a l’air sacrément ivre de la drogue
des chagrins déclarés d’utilité publique.
En tout cas fort bien éveillé, un
cauchemar s’empare de moi. J’y pense et le dis en me marrant autour de moi
depuis des années : je crains (déjà)
les extrémités de guignolades en chaines pour les hommages et obsèques nationaux
à la mort de saint Johnny ici, dans notre petite contrée franchouillarde. Elles
dureront probablement une semaine, avec d’évidence tout le gratin mêlé aux
populos censés le vénérer tel le dieu qu’il est pour la plupart. Me reviennent
en mémoire les images pitoyables du premier ministre Raffarin faisant la promo
et la claque lors du « concert-événement »
national des 50 ans de notre rocker made
in Los Angeles, Belgium & France… Sûr, ils vont nous le « panthéoniser » illico presto en passant par la case verbale ampoulée : « Entre ici, Johnny, tu as incarné la France,
l’espérance ». Oui, décidément, noir,
c’est noir, il n’y a plus d’espoir en faveur de cette engeance humaine
faite de régressions politiques et de bêlantes façonnées par les officines de
communications avariées.
Imaginez un peu le staff des communicants de Hollande. Si
ça se trouve, il y en a au moins un qui doit y songer dans ses rêveries les
plus fofolles : « si jamais l'idole des jeunes
passait l’arme à gauche quelques
semaines avant le premier tour en 2017, diantre, ce serait un plan com' pour
tous ! Je m’en vais préparez des p’tites fiches ».
Pour les gouvernants, se refaire la
cerise sur les cadavres est devenu leur sport favori. Au Palais, les plumitifs
ne savent plus où donner du communiqué bien senti expédié à toutes les
rédactions. Les nécros se rédigent à la chaîne. Dans des rédacs aussi, on les tient
prêtes au cas où. De temps en temps, on
y ajoute une ligne ou deux, histoire de toucher toutes les générations dans toutes les chaumières. Toujours
au cas où. Imparable.
Au cas où,
voilà l’inspiration, voilà le combat si important dans nos organes gouvernementaux
et de presse. L’inspiration poétique, voire prophétique, divulgue des exercices
de style appris dans de longues dissertations scolaires. S’ensuivent des batailles
de bons mots. Ce sera à qui enfilera le plus de perles, à qui aura le meilleur
mot pour « résumer la carrière ».
La carrière, l’autre grand mot lâché
aux gogos. Faut la faire, celle-là.
Pas de pitié pour la plèbe, pour nous
autres, les anonymes, la piétaille, le vulgum
pecus, les idiots des bars, les mondains des stades, tout à chacun, le
quidam, le consommateur-électeur, Monsieur Tout-le-Monde et Madame la Ménagère de 50 ans, eux, ne font
pas carrière ! Ils existent,
ils triment, ont de rares instants de joie puis ils crèvent sans avoir fait carrière.
En
vérité, en vérité,
je vous le dis d’un seul mot : fuyons !
A part cela, politiquement, le
bavardage sans fin, sans assise emporte tout sur son passage, tel un vent hivernal
avec sa neige qui tombe drue en ce jour. Sortir des choix cornéliens proposés
par nos gogos-gagas des médias acoquinés aux élus de tous bords devient un éden
concret. Copé, pas Copé, burqa, pas burqa,
casquette, pas casquette, capote, pas capote, voile, pas voile, kippa, pas
kippa, Valls chez Ruquier, Valls, pas chez Ruquier... là aussi, on se
contrefout de tous ces débats télécommandés qui fusionnent le la d’une stricte décadence généralisée à l’inutilité même de
débattre dans ces canons-là.
Bonne santé, bonne année : le
pire est (encore et) toujours devant nous tous.
{Eloge de la fuite :
garnir les rayons de nos bibliothèques exclusivement de vieux ouvrages, c'est toujours le "ça" de pris sur l'éphéméride du "sur-moi" des autres}
LSR
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